La tribune  

dscn0663L’exercice physique, un retour aux sources !
Il est très surprenant de constater que les effets bénéfiques de l’exercice physique soient à la fois si bien documentés et si peu prescrits par les médecins. Prescrire de l’exercice physique est rarement considéré comme un acte thérapeutique majeur par le corps médical. L’évidence est pourtant là. L’exercice physique régulier est un retour aux sources en ce qu’il réadapte notre environnement à notre génome.

L’exercice physique régulier, élément essentiel pour la prévention et le traitement

Les arguments sont du domaine de l’évidence aussi bien en médecine préventive pour prévenir vieillissement, hypertension artérielle, diabète ou cancer; qu’en médecine curative pour traiter l’insuffisance cardiaque, l’infarctus du myocarde.

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Plusieurs revues fort bien faites regroupant des milliers de participants ont clairement démontré qu’une activité physique régulière, même modérée et quel qu’en soit le mode, dynamique ou statique, l’intensité ou la durée, pendant quelques semaines ou plusieurs mois, diminuait la mortalité globale, réduisait la pression artérielle systolique, réduisait la glycémie, la cholestérolémie. Cet effet se retrouve indépendamment de l’âge, du sexe, du poids corporel, du surpoids.
Il y a unanimité pour affirmer que l’exercice régulier diminue le risque cardiovasculaire. Il y a tout autant unanimité pour affirmer que l’exercice prévient le diabète, le cancer du colon et le cancer du sein, l’ostéoporose. L’exercice permet de réduire la prescription d’antidiabétiques, améliore l’ostéoporose et rend la chimiothérapie anticancéreuse plus efficace. Le consensus recommande un minimum de 30 minutes de marche à bon pas tous les jours… toute la vie. Mais d’où nous vient cet extraordinaire effet de l’exercice physique ?

« Rien en biologie n’a de sens en dehors de l’évolution »

Cet aphorisme célèbre d’un grand généticien T. Dobzhansky, n’est pratiquement jamais pris en compte en médecine. L’évolution biologique imaginée par Charles Darwin, puis confirmée par la biologie contemporaine, est une donnée essentielle pour la compréhension du vivant d’une manière générale et de la biologie en particulier. Comprendre le fait médical, comprendre le pourquoi-sommes-nous malades, à travers l’évolution, c’est-à-dire à travers l’histoire de la vie, réconcilier la médecine avec ce que la biologie a de plus essentiel est une démarche rarement entreprise. Et pourtant recadrer le fait médical à ce niveau est probablement un moyen de classer et de hiérarchiser le torrent d’informations biologiques qui, depuis les débuts de l’ère génomique, submerge actuellement le physio-pathologiste et l’oblige à reconsidérer pratiquement tous les cadres nosologiques.
Ce n’est que tout récemment que notre environnement a changé radicalement : l’abondance de la nourriture et la disponibilité du sel, les animaux de trait et autres moyens de se déplacer, pour ne citer que ces éléments, sont très récents à l’échelle de l’évolution. A l’opposé, il faut des millions d’années pour qu’une mutation fonctionnelle soit sélectionnée. On peut dire, pour faire bref, que la pathologie évolutionniste est une conséquence des contradictions existant entre deux constantes de temps : une courte qui concerne l’environnement, une longue qui concerne le remodelage du génome.

L’économie au centre de l’évolution

L’organisme humain est un système globalement équilibré sur le plan de l’économie, les entrées égalent les sorties, et, lorsqu’il y a plus d’entrées que de sorties il y a obésité avec toutes ses conséquences néfastes. Deux paramètres sont en cause à l’origine de l’épidémie actuelle d’obésité : la libre disponibilité de l’alimentation (et du sel) jamais expérimentée au cours des 3,8 milliards d’années qui ont fait l’histoire de la vie, et le fait que les humains soient les seuls êtres vivants ayant soit la capacité de domestiquer d’autres vivants à leur usage, soit celle de fabriquer des engins de transport, minimisant de cette façon l’exercice physique normalement indispensable à leur survie. Le résultat net est un déséquilibre de l’économie normale. L’homme en 2008 doit se nourrir conformément au capital génétique métabolique qu’il a si péniblement sélectionné pendant des milliards d’années. Il n’y a pas d’aliments a priori meilleurs que les autres, il n’y a que des aliments que nous sommes à même de mieux métaboliser compte tenu de ce que Darwin a bien voulu nous laisser ! De nombreux travaux faits par les paléontologues et par les ethnologues enquêtant sur des populations vivant sur un mode paléolithique (Bushmen du Kalhari, Indiens Trahumara ou Warao…) ont démontré que les hommes du paléolithique avaient un régime alimentaire plus irrégulier, pauvre en graisses, mais plus riche en acides gras polyunsaturés (la viande du gibier contient 5 fois plus d’acides gras unsaturés que la viande d’élevage), relativement riche en protéines et très riche en fibres (la diversité des sources de fibres fait contraste avec la relative monotonie des fibres produites par l’agriculture contemporaine) et excessivement pauvre en sodium. Ce sont, par ailleurs des gens plus actifs, plus entraînés avec une consommation d’oxygène maxima élevée, un pli cutané beaucoup plus mince, moins de diabète et de cholestérol. Le profil idéal aux normes actuelles.
Les mesures de la consommation maximum d’oxygène à l’effort, VO2max, confirment cette façon de voir. Cette capacité aérobique est un excellent témoin du degré d’entraînement et de l’activité physique journalière d’un individu, la VO2max d’un Américain moyen est presque 20 % plus faible que celle des chasseurs-cueilleurs actuellement encore vivants.
Le régime alimentaire et le mode d’activité physique qui sont recommandés par les nutritionnistes modernes, rejoignent maintenant celui de nos lointains ancêtres. Finalement nous devons nous adapter à un certain mode alimentaire, à un certain mode de vie, ceux auquel la pression évolutive a mis des millions d’années à sélectionner notre actuel patrimoine génétique.
 
Par Bernard SWYNGHEDAUW,
Docteur en Médecine, Docteur-ès-Sciences
Directeur de Recherches à l’INSERM
Centre de Recherche Cardiovasculaire INSERM (U689)
Hôpital Lariboisière. 41 bd de la Chapelle 75475 Paris - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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